Génocide rwandais : l'armée française accusée d'avoir livré des civils
Mardi, 19 Décembre 2006 00:00
(Cyberpresse 19/12/2006)

La commission d'enquête rwandaise sur le rôle de la France au Rwanda au moment du génocide de 1994 a auditionné lundi à Kigali de nouveaux témoins qui ont accusé l'armée française d'avoir livré des milliers de Tutsis aux extrémistes hutus auteurs des massacres.
 
La commission a achevé lundi sa deuxième série d'audiences publiques et va se rendre à partir de mardi dans les endroits mentionnés par les divers témoins depuis le début de ses travaux.

«Les Français nous avaient dit qu'ils allaient chercher des armes et des renforts pour nous protéger», a dit devant la commission un cultivateur tutsi, s'exprimant sous couvert de l'anonymat comme la majorité des témoins.


Selon lui, les militaires français ne sont jamais revenus et les «tueries ont empiré».

«Nous sommes tous sortis de nos cachettes dans les montagnes et nous sommes rassemblés à découvert, où nous attendions que les soldats français viennent nous secourir», a-t-il expliqué.

«Cela nous a exposés aux miliciens qui pensaient nous avoir achevés lors d'attaques antérieures», dans la région de Bisesero, dans le sud-ouest du Rwanda, sous contrôle de l'opération militaro-humanitaire française Turquoise, a-t-il ajouté.

Un autre témoin, un ancien instituteur, a expliqué avoir accompagné comme interprète des militaires français dans les collines pour transmettre aux Tutsis des promesses d'évacuation.

«Je savais que les Français considéraient tous les Tutsis comme des complices» des rebelles, qui ont mis fin au génocide en prenant le pouvoir à Kigali, a-t-il ajouté.

La semaine dernière, le ministère français de la Défense a exprimé son «indignation» après les accusations portées à l'encontre de l'armée française par la commission d'enquête rwandaise, où plusieurs témoins ont accusé des soldats français de viols collectifs, ou de complicité avec les auteurs des massacres.

Commentant ces audiences, le président de la commission, Jean de Dieu Mucyo, a déclaré à l'AFP : «nous pensons avoir appris beaucoup de choses qui nous aiderons à découvrir la vérité».

Les relations entre Paris et Kigali ont toujours été tendues depuis le génocide, et la France est régulièrement accusée par l'actuel gouvernement rwandais, dirigé par les Tutsis, d'avoir entraîné et armé les auteurs du génocide avant les massacres. Paris a toujours démenti toute implication.

Kigali a rompu fin novembre ses relations diplomatiques avec Paris après que le juge français Jean-Louis Bruguière a recommandé de poursuivre le président rwandais Paul Kagame pour sa «participation présumée» à l'attentat contre l'avion de l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, qui a précédé le déclenchement du génocide.

La commission d'enquête, qui a entamé ses travaux en avril, est officiellement «chargée de rassembler les preuves de l'implication de la France dans le génocide», qui a fait, selon l'ONU, environ 800 000 morts parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.



Agence France-Presse

Kigali