La France "ne veut pas voir le Rwanda se développer", Kagame AFP 27.11.06 | 21h53
Samedi, 28 Janvier 2006 11:29

Le président du Rwanda Paul Kagame, a estimé dans un entretien diffusé par la télévision nationale rwandaise lundi soir que la France, avec laquelle son pays a rompu vendredi toutes relations diplomatiques, "ne veut pas voir le Rwanda se développer".

"Le Rwanda va beaucoup mieux qu'il n'a jamais été dans son histoire, nous avons reconstruit l'économie, favorisé la réconciliation, l'éducation, reconstruit l'administration, la santé, posé les fondations du développement", a déclaré le président Kagame au cours de cet entretien centré sur la crise diplomatique actuelle avec la France. "Certains ennemis ne sont pas heureux de ça. Les Français ne veulent pas nous voir nous développer. Leur seul objectif est de nous faire reculer. Mais nous avons fait ce qui est humainement possible", a-t-il ajouté.  Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France après que le juge français Jean-Louis Bruguière eut réclamé des poursuites contre le président rwandais Paul Kagame et émis des mandats d'arrêt contre neuf de ses proches. Les derniers diplomates et fonctionnaires français en poste au Rwanda ont quitté le pays lundi soir. En France, "le parquet, le gouvernement, le juge (Bruguière) sont en faute", a répété le président rwandais à plusieurs reprises estimant que le parquet avait accepté les mandats d'arrêt "sans aucun fondement". M. Kagame a critiqué la "manière" dont le juge Bruguière a établi son rapport, "les juges sont supposés être indépendants", a-t-il souligné estimant que "la France fait un mauvais usage de ses institutions". Une commission d'enquête rwandaise a été créée en avril sur le rôle controversé de la France dans le génocide mené par les extrêmistes Hutu entre avril et juillet 1994, qui avait fait entre 800.000 et un million de morts, majoritairement Tutsis. La France est régulièrement accusée par l'actuel régime rwandais, dirigé par la minorité tutsie, d'avoir entraîné et armé les responsables du génocide avant les massacres. Selon M. Kagame, le dossier du juge Bruguière n'est pas étayé par "des faits ou des preuves". Pour lui, "les gens ont tout faux quand ils associent l'attentat contre l'avion (de M. Habyarimana) à la cause du génocide". "Les massacres ont commencé en 1959 (date de l'indépendance du Rwanda, ancienne colonie belge)", a-t-il rappelé annonçant que la commission "va sortir des éléments sur l'attentat contre cet avion, qui implique des Français: les pilotes, les soldats qui gardaient l'aéroport". Le rapport Bruguière est basé "sur des faussetés, mais nos juges peuvent poursuivrent également des responsables français sur la base de faits et de preuves", a-t-il dit. Dans une ordonnance envoyée au parquet, M. Bruguière avait recommandé des poursuites contre le président Kagame devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), pour sa "participation présumée" à l'attentat contre l'avion présidentiel le 6 avril 1994. M. Kagame a toujours nié toute implication dans l'attentat. "Pourquoi devrait-on me questionner sur l'avion abattu? C'est leur responsabilité", a demandé M. Kagame, rappelant que des troupes françaises et belges, ainsi que Ces casques bleus de l'Onu se trouvaient à l'époque à Kigali. "Pour nous cette question n'était pas une priorité. Notre priorité était de reconstruire le Rwanda. Pourquoi cette question n'a pas été celle des Nations unies, et des Français eux-mêmes qui en parlent seulement maintenant douze ans après les faits. La France a eu un rôle direct dans le génocide", a-t-il déclaré.